Capturer une page web à des fins de preuve

Un contenu en ligne doit être conservé pour un dossier. Diffamation, contrefaçon, publicité trompeuse, engagement contractuel affiché puis retiré : dans tous les cas, la page disparaîtra, et souvent vite.

Reste à choisir comment la conserver. Les outils vont de la capture d’écran au dispositif d’acquisition complet, et l’écart entre eux ne se voit pas au moment de la capture. Il se voit le jour où la partie adverse conteste.

Ce qu’une capture doit enregistrer

Une page web n’est pas une image : c’est le résultat d’un échange entre un navigateur et un ou plusieurs serveurs. Conserver l’image du résultat sans rien de l’échange revient à conserver la photographie d’un document sans le document.

Quatre éléments distinguent une acquisition sérieuse.

L’adresse effectivement consultée. Pas celle que vous croyez avoir visitée : celle qui a été demandée, avec ses redirections successives.

Les réponses du serveur. Codes de statut, en-têtes, ressources chargées. C’est ce qui démontre que le contenu venait bien de ce domaine à ce moment.

Le rendu obtenu. La page telle qu’elle s’affichait, y compris les parties construites par des scripts après le chargement initial.

Le moment. Un instant établi par une source de temps indépendante de la machine qui capture.

Les méthodes, et ce qu’elles laissent de côté

La capture d’écran

Elle enregistre une image et rien d’autre. Ni l’adresse, ni les réponses du serveur, ni un instant opposable. Elle se fabrique en quelques minutes avec un éditeur, et l’objection ne demande aucune démonstration.

L’impression en PDF

Meilleure, parce que le texte reste sélectionnable et que l’adresse figure souvent en pied de page. Elle reste un document produit par vous, modifiable comme tout PDF, sans attestation d’intégrité.

L’archivage automatique

Utile pour la découverte, insuffisant pour la démonstration : la collecte est partielle, la date est celle du passage d’un robot, et le contenu peut être retiré rétroactivement. Nous détaillons ces limites dans notre article sur la Wayback Machine comme preuve.

L’acquisition forensique

Elle enregistre les quatre éléments ensemble et les scelle. La différence n’est pas de qualité d’image : elle est de nature, parce que le résultat devient vérifiable par un tiers.

Les pièges techniques qui vident une capture de sa substance

Le contenu personnalisé. Beaucoup de pages varient selon l’utilisateur, sa position ou son historique. Une capture faite depuis une session connectée ne montre pas ce que voyait le public. Il faut savoir dans quelles conditions on a capturé, et le documenter.

Le chargement différé. Les contenus qui apparaissent au défilement, les commentaires chargés à la demande, les éléments repliés : une capture immédiate en laisse une partie dehors.

Les ressources externes. Une image ou un document liés à une autre adresse doivent être acquis avec la page, faute de quoi la pièce centrale manque.

Les zones protégées. Ce qui exige une authentification pose une question distincte, celle de la régularité de l’accès, qui se règle avant la capture et non après.

Le critère juridique, en France

L’article 1366 du code civil exige que l’écrit électronique soit établi et conservé dans des conditions de nature à garantir son intégrité, et que la personne dont il émane soit dûment identifiée.

Le décret n° 2016-1673 du 5 décembre 2016 désigne les instruments qui font présumer cette intégrité : empreinte électronique rendant détectable toute modification ultérieure, condition présumée remplie par un horodatage qualifié, un cachet électronique qualifié ou une signature électronique qualifiée au sens du règlement eIDAS (UE) n° 910/2014.

Sur le plan méthodologique, la norme ISO/IEC 27037 décrit l’identification, la collecte et la préservation des preuves numériques, et rattache leur poids au processus documenté. C’est la grille qu’appliquera un expert judiciaire en informatique appelé à examiner votre pièce, et elle porte sur la méthode, pas sur l’outil.

Comment choisir votre dispositif

Vérifiez ce qui est conservé, pas ce qui est affiché. Un outil qui produit une belle image sans journal des échanges réseau conserve moins qu’il n’y paraît.

Exigez une vérification indépendante. Le destinataire doit pouvoir contrôler l’intégrité sans vous solliciter. Si la démonstration passe par vos explications, elle est faible.

Regardez le comportement sur les pages complexes. Défilement, contenus dynamiques, vidéos, ressources tierces : c’est là que les outils se séparent.

Le navigateur forensique enregistre l’adresse, les échanges réseau et le rendu, puis les scelle ensemble ; la certification de page web couvre les pages publiques ordinaires, et l’extension de navigateur permet de capturer sans changer d’outil. Le destinataire contrôle ensuite la pièce avec le vérificateur public.

Questions fréquentes

Une impression PDF d’une page web suffit-elle comme preuve ?
Elle vaut mieux qu’une capture d’écran, car le texte reste sélectionnable et l’adresse figure souvent en pied de page, mais elle reste un document que vous avez produit et qui peut être modifié, sans attestation d’intégrité ni date opposable. Elle ne répond pas aux conditions de l’article 1366 du code civil.
Qu’est-ce qui distingue une acquisition forensique d’une capture ordinaire ?
Elle enregistre ensemble l’adresse effectivement consultée, les réponses du serveur, le rendu obtenu et un instant établi par une source indépendante, puis scelle l’ensemble par une empreinte cryptographique. Le résultat devient vérifiable par un tiers, ce qu’une image ne permet jamais.
Comment capturer une page dont le contenu se charge au défilement ?
Il faut un dispositif qui parcoure la page et déclenche le chargement différé avant de figer le rendu, sans quoi une partie du contenu reste absente de la pièce. C’est un point de séparation net entre les outils, et il se teste sur une page réelle avant d’en avoir besoin.
Faut-il capturer aussi les ressources externes ?
Oui lorsque la pièce litigieuse en fait partie. Une image, une vidéo ou un document hébergés à une autre adresse ne sont pas conservés par une capture qui ne retient que le document principal, et c’est fréquemment l’élément central du dossier.
Une capture faite depuis un compte connecté pose-t-elle un problème ?
Elle montre ce que voyait ce compte, pas nécessairement ce que voyait le public, et l’adversaire le soulèvera. Les conditions de la capture, session, position, appareil, doivent être documentées avec la pièce. L’accès à une zone protégée soulève en outre une question de régularité qui se règle avant, pas après.

Capturez la page, pas seulement son image

Le navigateur forensique TrueScreen enregistre l’adresse consultée, les échanges réseau et le rendu obtenu, scellés par une empreinte cryptographique et un horodatage qualifié.

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